Le Sénégal vit l'une des plus grandes ironies de son histoire politique récente. Ceux qui avaient conquis le pouvoir en promettant la souveraineté semblent aujourd'hui occupés à se disputer son héritage.
Hier, un slogan suffisait à résumer une ambition collective : « Sonko mooy Diomaye, Diomaye mooy Sonko ». Cette formule incarnait l'unité d'un projet, la convergence d'un combat et l'espérance d'une rupture profonde avec les pratiques qui avaient fini par épuiser la confiance des Sénégalais dans leur classe dirigeante.
Deux ans plus tard, le décor a changé.
Le débat national n'est plus dominé par les questions qui préoccupent réellement les citoyens : l'emploi, le coût de la vie, l'investissement, la dette, l'élevage, l'agriculture, l'éducation ou la compétitivité de notre économie. L'espace public est désormais saturé par les tensions entre Pastef et Kiiraay, deux formations issues d'une même aventure politique dont la rivalité menace aujourd'hui de faire oublier l'essentiel. Des observateurs évoquent d'ailleurs une profonde recomposition du paysage politique national autour de cette fracture devenue publique. S'agit il du fameux "mortal combat"? Je ne le souhaite.
Il ne s'agit pas içi de condamner le débat démocratique. Une démocratie sans confrontation d'idées est une démocratie malade. Mais lorsque les querelles de leadership prennent le pas sur les urgences nationales, il devient légitime de s'interroger.
Pendant que les états-majors s'affrontent, les Sénégalais, eux, continuent de subir les réalités du quotidien. Les jeunes cherchent du travail. Les ménages peinent à joindre les deux bouts. Les entrepreneurs attendent des signaux forts. Les agriculteurs espèrent des réponses concrètes. Les citoyens réclament des résultats.
Or, la souveraineté dont on nous a tant parlé ne se mesure ni à la virulence des communiqués ni à l'intensité des rivalités politiques encore moins au nombre de points de presse. Elle se mesure à la capacité de transformer la vie des sénégalais. Elle se mesure aux emplois créés, aux investissements mobilisés, à la stabilité institutionnelle préservée et à la confiance restaurée.
À force de vouloir imposeur la force de leur camp, certains semblent avoir oublié la seule question qui compte : que devient le Sénégal dans tout cela ?
Le peuple n'a pas accordé sa confiance pour assister à un blocage institutionnel. Il a voté pour une vision, pour une promesse de transformation et pour une nouvelle manière de gouverner.
Aujourd'hui, il est temps que les Sénégalais ouvrent les yeux sur l'essentiel. Pendant que Pastef et Kiiraay se donnent des coup de "points", les urgences nationales, elles, ne connaissent aucun répit. Le chômage n'attend pas. La vie chère n'attend pas. Les difficultés des entreprises, des paysans, des étudiants et des familles n'attendent pas.
Face au contexte économique national et international, le Sénégal n'a pas besoin d'une compétition d'egos. Il a besoin d'une vision, d'une direction et d'un sursaut collectif.
Dès maintenant, l'attention doit être tournée vers les échéances à venir et, surtout, vers les réponses à apporter aux défis du pays.
L'année 2027 constituera un premier rendez-vous de vérité.
L'année 2029 sera probablement celle des choix décisifs.
Le peuple devra alors examiner froidement les bilans, mesurer les résultats et juger les actes plutôt que les promesses.
Si Pastef et Kiiraay persistent à placer leurs rivalités au-dessus de l'intérêt national, les Sénégalais devront avoir le courage démocratique de les renvoyer dos à dos. Non par esprit de revanche, mais pour rappeler une vérité fondamentale : aucun parti, aucun leader et aucune coalition ne sont propriétaires de l'espoir d'un peuple.
L'heure est donc à la responsabilité. Responsabilité des dirigeants qui doivent revenir au travail et aux priorités du pays. Responsabilité de l'opposition qui doit s'unir autour d'une alternative crédible. Mais aussi responsabilité des citoyens qui doivent dès aujourd'hui se préparer à reprendre pleinement en main leur destin.
Car les nations ne changent pas lorsque les politiciens se disputent. Elles changent lorsque les peuples décident.
L'heure n'est plus aux slogans. L'heure est à la vigilance, à l'engagement et à la préparation de l'alternative. Entre la souveraineté promise et le "souleunté" qui menace de s'installer durablement, le Sénégal devra bientôt trancher. Et cette fois, plus que jamais, il lui faudra faire le bon choix.
Et le bon choix, c'est la nouvelle responsabilité : celle qui place le Sénégal avant les hommes, l'intérêt général avant les ambitions personnelles et l'avenir d'un peuple avant les calculs politiques
De la souveraineté au « Souleunté »
Assane sow de la Nouvelle Responsabilité. Président de RAFETAL
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Kaw Oumar Sarr