La question des étudiants dits « payants » dans nos universités publiques est souvent mal comprise.
Au Sénégal, ce statut est parfois assimilé à un signe de privilège, alors qu’il recouvre bien souvent des parcours de résilience et de sacrifices familiaux.
Beaucoup de ces jeunes, issus de milieux modestes, financent leurs études grâce à des bourses municipales, à la solidarité familiale ou au Fonds de Financement de la Formation Professionnelle et Technique (3FPT). Réduire leur situation à une apparence de richesse est non seulement injuste, mais dangereux pour l’équité sociale.
Depuis plus de vingt ans, l’enseignement supérieur public sénégalais se développe rapidement. Cette démocratisation, bien que positive, met à rude épreuve nos infrastructures et ressources humaines. Dans ce contexte, le statut « payant » est souvent un mécanisme nécessaire pour élargir l’accès et diversifier le financement. Pourtant, même avec le 3FPT, qui couvre 90 % des frais de scolarité, le reste à charge familial reste conséquent, entre logement, transport, alimentation et matériel pédagogique. Dans de nombreux cas, les familles s’endettent ou réduisent des dépenses essentielles pour offrir cette opportunité à leurs enfants, témoignant de la valeur sociale et culturelle de l’éducation comme vecteur de dignité et de mobilité sociale.
Ignorer cette réalité ou fonder des politiques sur le simple statut administratif des étudiants peut avoir des conséquences graves : exclusion injuste, abandon des études, frein à la mobilité sociale et gaspillage des financements publics. Ces effets vont à l’encontre des principes d’équité et d’inclusion que prône notre politique nationale d’enseignement supérieur.
Il est donc urgent d’adopter une approche sociale et humaine, centrée sur la situation réelle des étudiants. Les commissions de bourses et les services universitaires doivent être sensibilisés à ces enjeux, et les dispositifs publics, universitaires et locaux mieux coordonnés pour garantir une politique juste et inclusive.
Soutenir les étudiants payants, c’est reconnaître leurs efforts, valoriser les sacrifices des familles et consolider l’inclusion sociale.
Plutôt que de stigmatiser, nous devons accompagner, afin que chaque jeune puisse accomplir son parcours universitaire dans des conditions dignes et équitables.
Pr. Salif Gaye Professeur Titulaire de Classe Exceptionnelle des Universités
Le partage de l'info


Kaw Oumar Sarr