Chaque hivernage semble condamner le Sénégal au même scénario : quartiers sous les eaux, familles sinistrées, routes impraticables, activités économiques perturbées, annonces de milliards et dispositifs d'urgence. Cela ne peut plus continuer.
La Grande Coalition exprime sa solidarité aux populations touchées par les récentes inondations et s'incline devant la mémoire des victimes. Mais la compassion ne doit pas nous dispenser de poser les questions essentielles.
Le Sénégal ne peut plus accepter que l'inondation devienne une saison administrative comme une autre.
Ce n'est plus seulement une catastrophe naturelle : c'est une crise de gouvernance
Personne ne nie la réalité du changement climatique ni l'intensification de certains épisodes pluvieux. Mais le climat ne peut pas devenir l'alibi universel de toutes nos insuffisances.
Le problème est également celui de décennies d'urbanisation mal maîtrisée, de réseaux d'assainissement insuffisants, de constructions dans des zones vulnérables, de défaut d'entretien, de manque de coordination et, surtout, d'une incapacité persistante à transformer les investissements annoncés en résultats visibles pour les populations.
Lorsque les mêmes quartiers sont inondés année après année, il ne s'agit plus d'une surprise. C'est un échec de l'anticipation publique.
Lorsque des milliards sont mobilisés mais que les citoyens ne savent ni où ils sont investis ni quels résultats ils ont produits, il existe un problème de transparence. Lorsque les autorités interviennent essentiellement après la montée des eaux, il existe un problème de méthode.
Le Sénégal doit sortir définitivement de la politique de la pompe, du camion-citerne, des visites de terrain et des communiqués d'urgence. Nous avons besoin d'une politique d'État.
921 milliards FCFA : les Sénégalais ont désormais le droit de demander des résultats
L'annonce d'un programme national de lutte contre les inondations de plusieurs centaines de milliards de francs CFA ne peut pas être traitée comme une annonce budgétaire ordinaire. Une somme aussi importante doit entraîner une obligation absolue de résultat.
La Grande Coalition pose donc publiquement les questions que chaque citoyen est en droit de poser :
• Quels quartiers seront sécurisés ?
• Quels ouvrages seront construits, à quelles dates et pour quels montants ?
• Par quelles entreprises et avec quels mécanismes de contrôle ?
• Quels responsables répondront des retards ou des échecs ?
Nous refusons désormais les politiques publiques dont les budgets sont parfaitement connus mais dont les résultats restent impossibles à mesurer. Chaque franc consacré à la lutte contre les inondations doit être traçable.
La Grande Coalition demande donc la mise en ligne d'un tableau de bord national public de lutte contre les inondations, commune par commune et projet par projet. Les Sénégalais doivent pouvoir contrôler l'action publique.
Le temps des annonces doit céder la place au temps des résultats
Notre pays connaît les zones à risque. Nos ingénieurs connaissent les solutions. Nos collectivités connaissent les quartiers les plus vulnérables. Nos administrations disposent d'études. Nos universités disposent d'experts.
Le problème du Sénégal n'est donc plus seulement celui de la connaissance. Le problème est celui de l'exécution.
Combien d'études faudra-t-il encore commander ? Combien de plans faudra-t-il encore annoncer ? Combien de comités faudra-t-il encore installer ? Combien de visites officielles faudra-t-il encore organiser avant que la population puisse constater une amélioration durable ?
La politique publique ne peut plus être évaluée au nombre de réunions organisées. Elle doit être évaluée au nombre de familles protégées.
La Grande Coalition demande un audit national indépendant
Nous demandons un audit technique et financier indépendant de l'ensemble des grands programmes de lutte contre les inondations engagés ces dernières années.
Il ne s'agit pas d'organiser une chasse aux sorcières. Il s'agit de savoir : quels ouvrages ont été réalisés ? Quels investissements ont produit des résultats ? Quels projets ont pris du retard ? Quels choix doivent être abandonnés ou corrigés ? Quels financements doivent être réorientés ?
Une démocratie responsable ne doit pas craindre l'évaluation de ses politiques publiques. Au contraire, elle doit l'exiger.
Il faut également mettre fin au désordre urbain
La vérité doit être dite jusqu'au bout. On ne peut pas lutter sérieusement contre les inondations tout en continuant à construire anarchiquement sur des zones d'écoulement naturel des eaux.
On ne peut pas réclamer davantage d'infrastructures tout en tolérant que certains canaux soient obstrués ou que des emprises publiques soient occupées. On ne peut pas protéger durablement les populations sans prendre des décisions difficiles concernant certaines zones extrêmement vulnérables.
L'État devra parfois interdire. Il devra parfois déplacer. Il devra parfois indemniser. Il devra surtout planifier. Le courage politique consiste aussi à prendre aujourd'hui les décisions qui éviteront les catastrophes de demain.
Redonner du pouvoir aux communes
Une politique nationale de résilience ne peut pas être pilotée uniquement depuis les ministères. Les maires et collectivités territoriales doivent devenir des acteurs centraux de la prévention.
Chaque commune vulnérable devrait disposer d'un plan local contre les inondations, d'une cartographie des risques, d'équipes opérationnelles, de moyens de première intervention et d'un budget dédié à l'entretien préventif. Car lorsque les eaux montent, le premier niveau de réponse est territorial.
La Grande Coalition défend donc une véritable décentralisation de la résilience climatique.
Le Sénégal doit passer d'une République de réaction à une République d'anticipation
C'est là le véritable combat. Nous devons changer de doctrine.
• Anticiper plutôt que réparer.
• Entretenir plutôt que reconstruire.
• Planifier plutôt qu'improviser.
• Contrôler plutôt qu'annoncer.
• Publier les résultats plutôt que multiplier les discours.
La lutte contre les inondations doit devenir une priorité permanente de l'aménagement du territoire et non une urgence saisonnière de l'hivernage.
Les 7 exigences de la Grande Coalition
1. Un audit indépendant des politiques de lutte contre les inondations ;
2. La publication détaillée de l'utilisation des financements engagés ;
3. Un tableau de bord public des projets, commune par commune ;
4. Une cartographie nationale actualisée des zones à risque ;
5. Des plans communaux obligatoires de prévention et de résilience ;
6. Une doctrine stricte d'urbanisation des zones inondables ;
7. Un mécanisme annuel d'évaluation présenté publiquement aux Sénégalais.
La Grande Coalition prendra toute sa responsabilité
Nous ne voulons pas utiliser la souffrance des Sénégalais comme un instrument de polémique. Mais nous refusons également qu'au nom de l'unité nationale, les citoyens soient invités à renoncer à leur droit d'interroger ceux qui gouvernent.
La solidarité n'interdit pas le contrôle. Le patriotisme n'interdit pas la critique. L'opposition responsable n'est pas celle qui se tait : c'est celle qui propose une alternative.
Assez de fatalisme
Une pluie intense est un phénomène naturel. Mais l'impréparation est une responsabilité humaine.
Une catastrophe peut surprendre une fois. Lorsqu'elle se répète dans les mêmes territoires pendant des années, elle devient aussi une question politique.
Le Sénégal dispose des ingénieurs, des ressources humaines, de l'expertise et des moyens nécessaires pour faire mieux. Ce qui manque désormais, c'est une gouvernance capable de transformer la connaissance en action et l'argent public en résultats.
ASSEZ D'ANNONCES.
ASSEZ D'IMPROVISATION.
ASSEZ DE MILLIARDS SANS RÉSULTATS CLAIREMENT MESURABLES.
Les Sénégalais attendent un État qui anticipe, qui protège et qui rende des comptes.
Boubacar LY
Au nom de la Grande Coalition
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Kaw Oumar Sarr