Par Pr. Salif GAYE, Professeur Titulaire des Universités de Classe Exceptionnelle,
Coordonnateur de l’UFR S2AE, Université Iba Der Thiam de Thiès

post La reconnaissance nationale, lorsqu’elle survient, ne constitue ni un aboutissement, ni une
finalité. Elle est, au contraire, une invitation à approfondir l’engagement au service de la Nation.
Elle interpelle sur l’essentiel : l’utilité de l’action publique et sa capacité à produire un impact
durable.
À cet égard, les défis actuels de notre système agroalimentaire offrent un terrain concret
pour interroger l’efficacité de nos politiques publiques.
Aujourd’hui, le Sénégal est confronté à des défis majeurs dans ses systèmes agroalimentaires.
Les pertes post-récolte, estimées à des niveaux préoccupants, fragilisent les revenus des
producteurs, limitent l’accès des populations à une alimentation de qualité et compromettent
les efforts de souveraineté alimentaire. Dans ce contexte, l’initiative portée par la FAO à travers
le projet d’amélioration de la gestion post-récolte constitue une opportunité stratégique majeure.
Mais au-delà des technologies et des solutions techniques, une question fondamentale se pose
: comment structurer durablement l’écosystème national pour garantir l’efficacité et la pérennité
des interventions ?
La réponse réside, à mon sens, dans une articulation plus forte entre universités, territoires et politiques publiques.
L’université sénégalaise doit aujourd’hui assumer pleinement un rôle renouvelé. Elle ne peut
plus être uniquement un lieu de transmission des savoirs. Elle doit devenir un acteur central de
transformation, capable de produire des connaissances utiles, de former des compétences
adaptées aux réalités du terrain et d’accompagner les dynamiques territoriales.
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit l’Université Iba Der Thiam de
Thiès, à travers la mise en place de l’UFR des Sciences agronomiques, agro-alimentaires et
environnementales. Ce projet structurant ambitionne de répondre aux enjeux de souveraineté alimentaire, de valorisation des ressources locales et de développement durable, en s’appuyant sur une approche intégrée alliant formation, recherche, innovation et ancrage territorial. L’expérience récente de dialogue avec plusieurs collectivités territoriales de la région de Thiès illustre d’ailleurs une évolution significative : les territoires expriment une demande croissante
d’expertise, d’accompagnement et de solutions concrètes. Ils sont prêts à s’engager, à mobiliser
des ressources foncières et à accueillir des initiatives innovantes.
Ce mouvement ouvre la voie à un modèle nouveau : celui de plateformes territoriales
d’expérimentation et d’innovation, où se rencontrent chercheurs, producteurs, collectivités et acteurs économiques. Dans ces espaces, les technologies post-récolte, séchage solaire, chaîne
du froid, biodigesteurs, valorisation des déchets, peuvent être testées, adaptées et diffusées à
grande échelle. Par ailleurs, l’intégration de dispositifs agricoles opérationnels au sein même des universités, combinant production végétale, élevage, pisciculture et transformation, constitue un levier puissant pour renforcer l’apprentissage par la pratique, accélérer l’innovation et favoriser
l’entrepreneuriat des jeunes. Cependant, pour réussir cette transformation, un changement de paradigme s’impose. Il ne
s’agit plus uniquement de multiplier les projets, mais de structurer des systèmes cohérents,
interconnectés et durables. Cela suppose :
- une coordination renforcée entre les acteurs publics et privés ;
- une meilleure articulation entre recherche, formation et développement ;
- et une orientation claire vers l’impact mesurable.
Dans cette perspective, la réduction des pertes post-récolte ne doit pas être perçue comme un
enjeu technique isolé, mais comme un levier stratégique au croisement de plusieurs priorités
nationales : sécurité alimentaire, création d’emplois, économie circulaire et transition
écologique.
Faire de l’impact la boussole de l’action publique, c’est précisément cela : inscrire chaque
initiative dans une logique de transformation durable, au service des populations.
L’enjeu, aujourd’hui, est clair : transformer nos universités en moteurs de développement, et
nos territoires en espaces d’innovation vivants.

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C’est à cette condition que les efforts engagés
porteront pleinement leurs fruits et contribueront à bâtir un système agroalimentaire résilient,
inclusif et pleinement souverain.

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